Dakar abrite pour trois jours (du 20 au 22 avril 20 26), un « Atelier de formation visant à renforcer la capacité régionale de mise en œuvre et de gouvernance des ZPM pour la gestion durable des pêches, la conservation de la biodiversité aquatique et la protection de l’environnement ». Cette rencontre de haute portée, est organisé par le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-IBAR), un bureau technique spécialisé du Département de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable (DARBE) de la Commission de l’Union africaine (CUA). Les acteurs estiment que malgré les efforts consentis par les Etats, la gouvernance des aires marines protégées rencontre toujours des difficultés.

M. Aboubacar Sidibé, chargé de l’économie bleue, appelée transformation bleue au niveau de la FAO, pour le bureau sous-régional de l’Afrique de l’Ouest, a affirmé  : « En termes de dangers aujourd’hui liés à la gestion des aires marines protégées en Afrique de l’Ouest, je pense qu’il y a un bon moment que presque tous les pays de la Commission sous-régionale de pêche, ont entamé la mise en place des aires marines protégées pour assurer la protection des zones fragiles et sensibles, pour assurer aussi la conservation de la biodiversité et aussi pour assurer l’exploitation durable des ressources halieutiques. Mais force est de constater qu’aujourd’hui, malgré l’effort qui a été fourni dans ce sens pour la mise en place des aires marines protégées, nous sommes face à des difficultés liées notamment à la gouvernance ».

M. Sidibé a souligné  que parmi ces difficultés, il faut noter l’inclusivité des populations locales qui sont bénéficiaires de ces aires marines protégées. Et la deuxième chose, c’est lié à la planification. Il souligne que cette planification est aussi liée à un certain manque d’autonomie financière.

Et ce qu’il parle de gestion, il parle des moyens qu’il faut mobiliser pour assurer cette gestion. Et aujourd’hui, nous sommes tous unanimes que malgré beaucoup d’aires marines protégées qui ont été créées, il y en a peu encore qui sont aujourd’hui pleinement fonctionnelles et qui assurent leur rôle en termes de sanctuaires de préservation des ressources halieutiques, en tant que sanctuaire de la conservation de la biodiversité et en tant que sanctuaire de la protection des zones côtières comme les mangroves et tout ce qu’ils en supposent.

Il rajoute : « C’est des zones où beaucoup d’espèces de poissons que nous mangeons tous les jours viennent se reproduire et grandissent une fois qu’ils ont mis au monde les alevins.

C’est très important qu’aujourd’hui on ait un regard sur cette problématique pour aborder les enjeux dans ce cadre d’atelier de formation pour au moins doter tous les acteurs des outils nouveaux qui leur permettent pour assurer ce rôle qu’on veut attribuer aux aires marines protégées .C’est difficile de dire, de mettre tout le monde dans le même sac. Il y en a qui sont beaucoup moins gérés, il y en a qui sont beaucoup bien gérés. Mais c’est qu’est sûr et net que globalement l’Afrique de l’Ouest aujourd’hui est confrontée à une question de financement des AMP. Vous savez, quand vous mettez en place quelque chose dont vous voulez assurer la gestion efficace, surtout inclusive et participative, il faut une mobilisation de tous les acteurs, mais aussi il faut qu’on s’assure qu’on a les moyens pour gérer cette situation. L’état des lieux de toutes les aires marines protégées, c’est que globalement, on a un problème d’autonomisation financière ».

M. Sidibé précise : « Malheureusement, c’est l’Afrique qui est derrière, qui traîne le pas par rapport à cette importance. Les résultats de l’étude qui ont été faits, montrent clairement qu’on doit renforcer la gestion et la gouvernance inclusive et participative des aires marines protégées. Chaque pays a un certain nombre d’aires marines protégées. Mais vous me posez la question de quel est le nombre d’aires marines protégées au niveau de la sous-région. Tout ce que je sais, c’est que le Sénégal a le plus grand nombre d’aires marines protégées en Afrique de l’Ouest ».

M. Rafik Nouaili du Bureau Interafricain des Produits Animaux, au sein de l’Union Africaine, souligne: « Cet atelier a été préparé conjointement avec le gouvernement sénégalais, et éventuellement le ministère en charge de l’environnement, mais aussi de la pêche, mais aussi avec la commission sous-régionale de pêche, nos collègues. Et l’idée  de cet atelier est de créer d’une manière ou d’une autre une plateforme interactive et inclusive qui va regrouper tous les pays que représente cette sous-région, dont éventuellement le Sénégal. Et l’idée c’est d’offrir une plateforme d’échanges, de renforcement de capacités aussi, en lien effectivement avec la conservation de la biodiversité aquatique, via essentiellement un outil qui est assez important et qui est adopté partout dans le monde maintenant, qui est la gestion des aires marines protégées ».

Il estime que les défis sont nombreux, que ce soit en termes de durabilité de financement de ces aires marines protégées, de leur gestion, le fait qu’on est toujours tributaire justement d’un financement qui est de l’étranger.

Mme Khady Sané, coordonnatrice des pêcheries et de l’aquaculture au niveau de la commission sous-régionale des pêches affirme : « Au niveau du Sénégal, ce serait risqué de parler de manière globale, mais je pense que la situation est satisfaisante dans la mesure où nos autorités font beaucoup d’efforts quand même en matière de création des aires marines protégées et en matière de mise en œuvre de la gestion de ces aires marines protégées. Aujourd’hui, nous en sommes arrivés à un réseau au niveau national de plus de 22 aires marines protégées ».

Elle rajoute : « Les communautés sont très bien impliquées aujourd’hui. On a une direction qui s’appelle Direction des aires marines communautaires protégées. Donc rien que le communautaire, ça veut dire grand-chose. Donc je pense qu’aujourd’hui, nous sommes partis d’une approche participative à inclusive. C’est vraiment un défi d’avoir tout le monde, mais quand même les autorités font de leur mieux pour que l’ensemble des parties prenantes puissent participer à la planification, à la création et aussi à la mise en œuvre de ces politiques de concertation par rapport aux aires marines protégées ».

Selon elle,  la plupart des populations surtout les communautés de pêcheurs, dépendent des aires marines protégées pour leur survie. Et le fait de les impliquer dans ces processus de concertation, contribue à l’appropriation même de ces outils de conservation et de gestion de la biodiversité de manière générale.

Elle martéle : « Donc du point de vue économique, ça a permis, vous savez aujourd’hui, nous sommes dans le cadre de l’économie bleue. Donc qui dit économie bleue dit toutes les formes de richesses qui peuvent être créées à partir de la gestion durable des océans. Donc, le fait de gérer ces ressources de manière durable, ça contribue aux utilisateurs qui sont les communautés à l’augmentation de leurs revenues. Parce des ressources qu’elles tirent dans cette gestion, ça un intérêt. Du point de vue global maintenant, au niveau de l’État, le fait que ces aires marines protégées soient bien gérées, inévitablement ça va contribuer à la création de richesses qu’on peut tirer de ces outils. Donc du point de vue économique, ça a une portée vraiment on va dire importante ».