Du 4 au 13 mai 2026, Dakar accueille la réunion annuelle du conseil de direction d’Afrique One-REACH. Organisé par l’École Inter-États des Sciences et Médecine Vétérinaires (EISMV), en partenariat avec Afrique One et le Centre Suisse de Recherche Scientifique en Côte d’Ivoire, cet événement rassemble près de 60 boursiers venus d’une dizaine de pays africains autour de l’approche « Une Seule Santé ».

L’événement se déroule en trois temps. Du 4 au 8 mai, une école d’été a permis aux boursiers de se former sur la pensée systémique, la modélisation, la communication scientifique et l’engagement communautaire. Du 9 au 12 mai, chaque boursier va présenter ses travaux devant les investigateurs principaux et les membres du conseil scientifique. Enfin, le 13 mai, les investigateurs se réunissent à huis clos pour définir les orientations stratégiques du consortium.

Cette édition présente une particularité. En septembre 2025, lors d’une conférence sur la fièvre de Lassa, le ministre sénégalais de la Santé, Dr Ibrahima Sy, avait sollicité Afrique One pour évaluer la gouvernance de la plateforme « Une Seule Santé » du Sénégal. Trois mois après cette demande, le pays faisait face à une épidémie de fièvre de la Vallée du Rift. Le manque de coordination entre secteurs avait alors aggravé la situation.
Le ministre sénégalais de la Santé est formel sur les leçons tirées de cette crise. « La maladie a commencé au niveau animal, mais on n’a pas pu détecter à temps. Il a fallu qu’on ait des cas humains pour retourner voir les cas animaux. En ce moment-là, le virus avait déjà beaucoup circulé. On est passé de 10 cas en 2022 à 570 cas en 2025. »

Selon le ministre, la réponse a néanmoins démontré la force de l’approche intégrée. « Les vétérinaires, les environnementalistes, les services d’hygiène et les agents communautaires ont travaillé ensemble sur les foyers. C’est avec cette approche de tir groupé qu’on est arrivé à bout de cette épidémie. Le taux de mortalité est passé de plus de 50 % à 0,3 %. ».
Dr Ibrahma Sy insiste également sur la nécessité de traduire la science en action. « On ne peut pas prévenir si on n’a pas des données scientifiques factuelles, promptes et actuelles. Il faut traduire ces résultats en connaissance pratique pour nos personnels de santé. » Il appelle à aller plus loin. « On n’est pas à l’abri des épidémies. Tant que les liens resteront forts entre l’humain, l’animal et l’environnement, il faudra accroître nos capacités de recherche pour anticiper. »

Répartis en trois groupes, les boursiers ont observé le fonctionnement de la plateforme à trois niveaux : national, régional et communautaire. Parmi eux, Thérèse GBoko, médecin et doctorante ivoirienne, témoigne de l’utilité concrète de cette approche sur le terrain. « Dans une zone rurale du nord de la Côte d’Ivoire où il y a très peu de ressources, collaborer avec les acteurs de la santé humaine, animale et environnementale permet de prévenir et de détecter des pathologies. C’est une forme de résilience qui nous permet d’aller au-delà de nos limites. » Elle ajoute : « Le One Health, ce n’est pas seulement une collaboration platonique. Il y a beaucoup de résultats concrets en termes d’impact ».
Ce point de vue est partagé par le Dr Prisca Ndour, vétérinaire épidémiologiste et enseignante-chercheuse à l’EISMV de Dakar, également ancienne alumni d’Afrique One. Elle rappelle que plus de 60 % des maladies émergentes sont d’origine animale. « Le vétérinaire est interpellé en premier lieu. Nous sommes en première ligne ».
Elle cite deux exemples concrets de collaboration réussie au Sénégal. Le premier est celui de la grippe aviaire, géré grâce à une coordination multisectorielle impliquant les vétérinaires, les eaux et forêts, les parcs nationaux et les gestionnaires des urgences environnementales. Le second concerne la toxoplasmose à Dakar, où une prévalence de plus de 20 % avait été détectée chez des femmes en consultation prénatale. « J’ai bénéficié de la collaboration du personnel de santé humaine et des Badiennes Gox, ces relais communautaires qui sensibilisaient les femmes pour qu’elles puissent être dépistées. » Selon elle, le message est sans équivoque. « Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons apprendre à nous unir pour endiguer ces phénomènes. Les exemples de la grippe aviaire et de la fièvre de la Vallée du Rift au nord du Sénégal démontrent qu’il est important de prendre une approche holistique. »
Pour le Pr Bassirou Bonfoh, directeur d’Afrique One, la démonstration est faite. « Un problème de santé complexe ne peut être résolu par un seul secteur. Il faut une collaboration coordonnée entre acteurs pour produire une valeur ajoutée concrète. » Il précise la mission du consortium au-delà de la science. « Nous avons l’expertise scientifique, technique et organisationnelle pour accompagner les plateformes Une Seule Santé des différents pays. »
Par ailleurs, il souligne le défi de la gouvernance à l’échelle régionale. « En Afrique de l’Ouest, les plateformes existent dans la plupart des 15 pays, mais chaque pays est à un niveau différent. Avoir un décret ne suffit pas, il faut affecter des personnes pour opérationnaliser. » Il cite le modèle de Madagascar, qui a réussi en moins d’un an à bâtir un cadre d’investissement complet avec l’appui de la Banque mondiale. « Ce que nous devons démontrer aux décideurs, c’est le coût de l’inaction. Quand une maladie émerge, ce sont des millions de dollars perdus. On pourrait investir juste une fraction pour prévenir. »
Les données collectées lors des visites de terrain seront analysées et restituées lors d’une table ronde avec les ministères concernés. Afrique One-REACH, troisième phase du consortium (2023-2027), finance 57 boursiers répartis sur cinq groupes de recherche : zoonoses, maladies non transmissibles, maladies tropicales négligées, action collective et science des données.