
L’annonce par le Fonds monétaire international (FMI) de l’ouverture d’une enquête interne sur la dette sénégalaise, révélée en grande partie comme étant « cachée » sous l’ancien régime de Macky Sall, constitue un événement majeur dans la gestion financière du Sénégal et pourrait avoir des conséquences significatives sur la posture adoptée par le nouveau gouvernement de Bassirou Diomaye Faye. Cette situation mérite d’être examinée sous plusieurs angles : la responsabilité des anciennes autorités, la crédibilité du FMI, et les implications pour la politique économique et financière du pays. Tout d’abord, il convient de rappeler le contexte. Selon les informations rendues publiques, un audit des finances publiques, mené peu après l’élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, a révélé une dette nationale beaucoup plus importante que celle officiellement annoncée. Plus de 11 milliards de dollars auraient été omis des comptes officiels, entraînant la suspension du programme d’appui du FMI, la dégradation de la notation souveraine du pays et une chute des obligations sénégalaises sur les marchés financiers. Cette découverte a mis en lumière non seulement un manque de transparence sous l’ancien régime, mais aussi les failles dans les mécanismes de surveillance internationale, puisque le FMI n’avait pas détecté ces engagements financiers. L’annonce de Julie Kozack, directrice de la communication du FMI, confirme que l’institution souhaite comprendre comment de telles irrégularités ont pu passer inaperçues et renforcer ses propres dispositifs de contrôle. L’enquête du FMI ouvre donc plusieurs perspectives. D’un côté, elle pourrait renforcer le crédit du nouveau régime en légitimant ses efforts pour rétablir la transparence et la rigueur financière. En effet, le gouvernement de Faye, confronté à un héritage lourd, peut désormais démontrer sa volonté de clarifier la situation et de rebâtir la confiance des partenaires financiers internationaux. Le fait que le FMI continue à dialoguer avec Dakar pour mettre en place un nouveau programme d’appui financier montre que l’institution est disposée à soutenir le pays malgré les défaillances passées, sous réserve que les mesures correctives soient adoptées. Cette coopération pourrait être interprétée comme une validation indirecte de la posture du nouveau gouvernement, qui affirme vouloir gérer de manière responsable la dette nationale et éviter toute nouvelle dissimulation. Cependant, l’enquête pourrait également représenter un risque politique et diplomatique pour le Sénégal. En clarifiant l’origine exacte de la dette non déclarée, il est possible que des éléments compromettants pour l’ancien régime soient révélés, et que la responsabilité de certaines décisions financières passées soit mise en lumière. Même si le FMI insiste sur le fait que la décision de restructurer ou non la dette relève des autorités sénégalaises, les conclusions de l’enquête pourraient être exploitées par l’opinion publique ou par l’opposition politique pour critiquer les choix de gestion financière du passé, ce qui pourrait indirectement peser sur l’image et la crédibilité du gouvernement actuel. Un autre point essentiel est la dimension institutionnelle et internationale. L’enquête démontre que même des mécanismes robustes comme ceux du FMI peuvent connaître des failles, ce qui légitime la vigilance et les audits internes. La nomination de Mercedes Véra Martin comme cheffe de mission pour le Sénégal en 2026 illustre la volonté du FMI de renforcer le suivi et la supervision. Pour le Sénégal, cela signifie que la coopération avec l’institution pourrait s’intensifier, avec une attention accrue sur la transparence et le reporting de la dette. Le nouveau régime doit donc préparer un cadre de gouvernance financière irréprochable pour éviter toute critique future, tout en gérant l’exigence de relance économique et de stabilité financière. L’ouverture de cette enquête par le FMI ne remet pas en cause de manière directe la légitimité du nouveau régime sénégalais, mais elle crée un contexte où la posture du gouvernement actuel doit être prudente et proactive. D’un côté, elle offre une opportunité de renforcer la crédibilité et la transparence, en montrant que l’État assume pleinement la gestion de la dette et coopère avec les institutions internationales. De l’autre, elle expose le pays à la possibilité de révélations qui pourraient polariser l’opinion publique et accentuer les critiques contre le passé financier du Sénégal. Ainsi, l’enquête constitue à la fois un test de gouvernance et une chance pour le nouveau gouvernement de consolider sa politique économique tout en rétablissant la confiance des partenaires internationaux. La posture adoptée jusqu’ici – celle de coopération, de clarification et de relance prudente – apparaît donc comme cohérente, mais devra s’accompagner d’une communication stratégique et d’une gestion rigoureuse pour tirer le meilleur parti de cette situation délicate.