Le Groupe intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) a organisé, le mardi 31 mars 2026 un séminaire national de sensibilisation des journalistes sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Cette rencontre a été un cadre d’échanges interactifs propice à une meilleure compréhension des enjeux liés à la criminalité financière et à la promotion d’une couverture médiatique plus rigoureuse, responsable et proactive.

L’objectif de cette rencontre est d’exploiter le potentiel des médias pour accroître la sensibilisation sur cette problématique ; de créer une alliance avec les journalistes pour une meilleure diffusion de l’information sur les dispositifs de LBC/FT et sur les missions du GIABA ; d’accroître l’intérêt des responsables des médias sur les questions relatives aux crimes économiques et financiers et le rôle qui est le leur ; d’assurer la liaison avec les médias pour éduquer la population sur l’impact du BC/FT ; et de susciter l’intérêt du public à soutenir les efforts menés par le GIABA.

« Cette démarche s’inscrit dans la dynamique des missions de plaidoyer conduites par le GIABA, visant à renforcer l’engagement des parties prenantes dans la lutte contre la criminalité financière en Afrique de l’Ouest, tout en consolidant le rôle des médias en tant qu’acteurs clés de sensibilisation et de mobilisation », renseigne le communiqué de presse.

Renforcer la collaboration avec les médias

D’après le communiqué la journée de sensibilisation est articulée autour de sessions techniques portant notamment sur le rôle du GIABA et les normes internationales en matière de LBC/FT, ainsi que sur le renforcement du réseau des journalistes spécialisés.

Et le document de poursuivre : « Cette activité du GIABA intervient dans un contexte marqué par les défis et enjeux liés au troisième cycle des évaluations mutuelles des États membres. Un processus qui met désormais l’accent sur l’efficacité réelle des dispositifs nationaux de LBC/FT, au-delà de la simple conformité technique. Les États sont ainsi appelés à produire des résultats concrets, notamment en matière de détection des flux financiers illicites, de conduite des enquêtes financières, d’efficacité des poursuites judiciaires et de confiscation des avoirs criminels. Dans cette perspective, l’implication des médias apparaît comme un levier stratégique essentiel pour accompagner les réformes, sensibiliser les populations et renforcer la culture de transparence et de redevabilité ».

Le document rajoute : « Grâce à cette rencontre, le GIABA veut renforcer sa collaboration avec les médias, promouvoir des mécanismes durables de coopération, notamment par la mise en place de points focaux au sein des organes de presse. Cette approche vise à assurer une meilleure visibilité des actions de l’institution et une diffusion plus large, régulière et structurée des messages de sensibilisation relatifs à la LBC/FT ».

M. Timothy Melaye, représentant le Président du GIABA, affirme : « Le GIABA coopère et travaille avec les médias. L’une de nos activités aujourd’hui consiste à les former sur les questions de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest. Cela va renforcer leurs capacités afin de leur permettre de mieux rédiger des articles et de mieux diffuser les informations mises à leur disposition ».

Il estime qu’en plus de cette activité, ils vont visiter certains organes de presse.

« Cela va renforcer la collaboration et les aider également à avoir accès aux données nécessaires pour mieux faire leur travail. Cela va au-delà du travail que nous allons faire ici : il s’agit aussi de renforcer le réseau des journalistes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme », dira-t-il.

Il précise que la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme est un combat quotidien. Et l’une des étapes importantes est l’adoption de la loi contre le blanchiment de capitaux et la mise en place de mesures pour lutter contre ce phénomène.

« Une fois que la loi est mise en œuvre, cela permet de combler les lacunes et de prendre des mesures correctives. Il existe 21 infractions sous-jacentes, et il est indispensable que le pays prenne des mesures pour lutter contre ces 21 infractions. Au fur et à mesure que des mesures sont prises, les criminels trouvent d’autres moyens d’agir. Il devient donc indispensable de prendre des mesures pour lutter contre les nouvelles menaces », précise-t-il.

88 milliards de dollars les pertes liées aux flux financiers illicites sur le continent

« Avec ce dispositif renforcé, le pays ne peut que mieux progresser. Les chiffres concernent l’Afrique tout entière. Je vais faire référence au comité de Thabo Mbeki sur les flux financiers illicites, et je vous donnerai ces informations. À l’époque où le rapport a été publié, il était question de 50 milliards de dollars qui échappaient à l’Afrique, et à l’heure actuelle, on estime à environ 88 milliards de dollars les pertes liées aux flux financiers illicites sur le continent », a laissé entendre M. Timothy Melaye.

Il poursuit : « C’est une question qui fait l’objet d’une attention particulière de manière annuelle. La présente activité fait partie de cette collaboration. Il existe aussi une rencontre régionale de tous les journalistes au cours de laquelle ils sont formés. Cette formation est prévue pendant le troisième trimestre ».

M. Alioune Niokhor DIOUF, de la Centif, souligne : « C’est avec un réel honneur pour moi de prendre la parole, au nom de Monsieur Cheikh Mouhamadou Bamba SIBY, Président de la CENTIF et correspondant national du Sénégal pour le GIABA, pour vous souhaiter la bienvenue à l’occasion de ce séminaire de sensibilisation des journalistes et de cette mission de plaidoyer auprès des médias sénégalais sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ».

Il a tenu à remercier le GIABA pour l’organisation de cette importante rencontre à Dakar, mais surtout pour la constance avec laquelle il accompagne les États membres dans le renforcement de leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et, plus largement, la criminalité financière.

« La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne peut être pleinement efficace si elle demeure l’affaire exclusive des institutions spécialisées, des services d’enquête, des autorités judiciaires ou des structures de contrôle. Elle appelle, au contraire, une mobilisation plus large, plus lucide et plus durable de l’ensemble des acteurs publics et privés. Dans cette dynamique, les médias occupent une place tout à fait centrale », dira M. Diouf.

Il rajoute : « Ils informent, expliquent, alertent et contribuent à façonner la perception collective des risques. Par la qualité du traitement de l’information, ils peuvent aider nos concitoyens à mieux comprendre que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne sont ni des phénomènes abstraits, ni des préoccupations lointaines. Ce sont des menaces concrètes, qui fragilisent l’État de droit, faussent la concurrence, nourrissent la corruption, consolident les économies criminelles et compromettent la sécurité ainsi que le développement de nos pays ».